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— PROGRAMME 2017/2018 —.

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Comment le texte ancien fait sens 

Régimes de signification et conditions d’interprétation de l’œuvre littéraire,

de la Renaissance aux Lumières (du 16e au 18e s.)


Salle des Actes de Paris-Sorbonne, les mardis de 18h à 20h

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Cycle de conférences de séminaire préparé par Patrick Dandrey et Delphine Amstutz

co-organisé sous l’égide du CELLF 17e-18e / UMR 8599 du CNRS

(Séminaire de master 1ère et 2e année, module FR 430A)

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ARGUMENTAIRE

Il y a trois manières de lire un texte antérieur à 1800 : une manière immédiate, qui suppose de se l’approprier sans souci de son contexte, en s’ouvrant à toutes les suggestions qu’on en tire, qu’on y suppose ou qu’on y projette ; et deux manières médiates. L’une, médiation hétérogène, projette sur le texte une grille herméneutique intemporelle, i.e. actuelle (psychanalytique, sociologique, linguistique, philosophique, narratologique, génétique, etc.) qui le surplombe et en accouche la signification. C’est l’approche par la théorie (intemporelle) de la littérature. L’autre, médiation homogène, qui fera l’objet de ce séminaire, sollicite du texte, de son contexte, de sa poétique et plus largement des savoirs de son temps, la portée celée qu’il pouvait avoir à l’époque de son invention et de sa première lecture : la caducité de ces modèles en a souvent effacé la mémoire et l’efficacité. L’histoire littéraire telle que nous l’entendons tente de restituer ces lectures oubliées, empruntant aux savoirs ésotériques, allégoriques, symboliques, religieux, médicaux, moraux, rhétoriques (etc.) de jadis leurs outils, contemporains de l’écriture des ouvrages dont ils n’entendent pas pratiquer une extraction physique de la signification, mais la révéler chimiquement. Ce sont ces grilles « internes », ces chiffres et ces codes inhérents à la création littéraire, artistique et intellectuelle ancienne, qu’on voudrait répertorier et faire fonctionner sur diverses œuvres allant de la Renaissance jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, pour en évaluer la pertinence et la fécondité dans la révélation d’un sens ni gratuit ni ouvert ni anachronique, mais inclus dans les textes au cœur de leur processus d’invention et gouvernant leur régime de signification de manière non certes exclusive (les deux approches sont le plus souvent complémentaires), mais privilégiant  la pertinence historique. Bref, comment lire un texte ancien à partir de la mise au jour des manières (oubliées) dont il faisait sens.

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26 septembre

Patrick Dandrey

Introduction — Comment le texte fait sens : d’un fabliau et de ses lectures

Texte de la conférence: Sémi 17-18 (1) Vilain mire

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3 octobre,

Bernard Beugnot (Université de Montréal, Canada)

Conférence inaugurale — Visite de l’atelier classique: de l’invention à la lecture

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10 octobre

 Francis Goyet (Université Grenoble Alpes)

Montaigne et les audace de la prudence

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17 octobre

Adeline Lionetto (Université de Paris-Sorbonne)

Comment lire la poésie des fêtes de cour au temps de Pierre de Ronsard ?

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31 octobre

 Patrick Dandrey 

Le texte rabelaisien fait-il « non-sens » ? 

De la querelle du Prologue de Gargantua aux éloges paradoxaux du Tiers Livre

 

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7 novembre

Bernard Teyssandier (Université de Reims Champagne-Ardenne)

L’édition 1614 des Images de Philostrate :

un carrefour herméneutique de l’illustration morale

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14 novembre ( amphi Guizot en Sorbonne)

Delphine Amstutz

Lire les romans de l’âge baroque

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21 novembre (amphi Guizot en Sorbonne)

Guillaume Peureux  (Université de Paris Nanterre)

 Saint-Amant, poète « capricieux »

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28 novembre

Patrick Dandrey

Molière et la comédie du monde à l’envers.

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5 décembre

Jean-Patrice Courtois (Université Paris-Diderot)

Les philosophes du 18e siècle. et la théorie des climats

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12 décembre

Marc Hersant (Université de la Sorbonne nouvelle-Paris 3)

Vrai historique et historicité du vrai dans les Mémoires de Saint-Simon

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— ARCHIVES : PROGRAMME 2016-2017 — 

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SECOND SEMESTRE

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24 janvier

Patrick Dandrey

Subjectivité et singularité : anthropologie du « bizarre », de l’Antiquité au Classicisme français.

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31 janvier,

Patrick Dandrey

Responsable et/ou coupable ?

 Naissance et conscience du moi tragique dans la Faute, de Sophocle à Racine

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7 février,

Jean Vignes (Université Paris-Diderot)

Repenser l’ancrage autobiographique de la poésie amoureuse au XVIe siècle

 

21 février,

Isabelle Landy (Université Paris-Diderot)

Néant  et néantisation du Moi, exaltation, exultation du Je

Leur expression  à la 1e personne dans les écrits de Marie Guyart de l’Incarnation (1599- 1672) 

28 février,

Anne Régent (Paris 3- Sorbonne Nouvelle)

Entre surplomb et disparition : le moi du prédicateur dans les œuvres oratoires de Bossuet

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7 mars,

Vincent Carraud (Université Paris-Sorbonne),

 La question qui ? Autour de Descartes et Pascal 

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14 mars,

Françoise Rubellin (Université de Nantes),

Le moi dans le théâtre de Marivaux

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21 mars,

Jacques Guilhembet,( Université Paris-Sorbonne),

Le moi dans les romans de Marivaux

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28 mars,

Aude Volpilhac (Université catholique de Lyon)

L’usage des livres au XVIIe siècle : formation ou dépossession de soi ?

 

18 avril,

Patrick Dandrey

. Trajets et espaces de l’édification du moi dans le genre comique.

De Turnèbe (Les Contens, 1581) à Beaumarchais (Le Mariage de Figaro, 1784)

 

Lundi 24 avril, Séminaire « La Sorbonne à Versailles »

 (hors cycle, sur inscriptions préalables)

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2 mai,

Hélène Merlin (Paris 3-Sorbonne Nouvelle)

Conférence de clôture

 

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 PREMIER SEMESTRE


27 septembre

Conférence d’ouverture

Alain Renaut, (Université Paris-Sorbonne),

Figures du Moi. La tension moderne entre humanisme et individualisme 

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4 octobre

Patrick Dandrey

Le squelette, l’icosaèdre et le baromètre

La subjectivation par le corps, de Montaigne à Rousseau


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11 octobre

Olivier Millet (Université Paris-Sorbonne)

Du Bellay en quête de soi : Les Antiquités de Rome et Les Regrets

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18 octobre

Carine Luccioni (Lycée Pablo Picasso, Fontenay-sous-Bois),

Le moi mélancolique dans la poésie baroque (fin xvie, premier xviie s.)

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8 novembre

Jean Lecointe (Université de Poitiers)

Sujet réservé

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15 novembre

Florence Orwat (CPGE Lycée Pasteur, Neuilly)

Autour de L’Invention de la rêverie. Une conquête pacifique du Grand Siècle (H. Champion, 2006)

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22 novembre

Agnès Cousson (Université de Brest),

Les manifestations du moi dans les lettres des abbesses de Port-Royal

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29 novembre

Laurence Plazenet (Université Paris-Sorbonne),

Le moi dans le roman français au XVIIe siècle

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6 décembre

Jean-Christophe Igalens (Université Paris-Sorbonne),

Casanova, une fiction de soi

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13 décembre

Conférence de clôture

Thierry Belleguic, (Université Laval de Québec, Canada)

L’esquisse, le nuage et le polype : Diderot et les figurations du moi.

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ARGUMENT —  Les trois siècles qui séparent la première édition imprimée des œuvres de Villon (1489) et la première édition complète des Confessions de Rousseau (1789) ont pour date presque médiane 1637, année de la création du Cid et de la publication du Discours de la méthode, deux affirmations contrastées de la philosophie et de la tragédie du sujet. La médiane de la  première séquence (1563) coïncide avec la mort de La Boétie d’où surgira le projet premier des Essais de Montaigne. La médiane de la seconde séquence (1713) correspond à la parution des Effets surprenants de la sympathie, premier roman (bien oublié) d’un à peine écrivain de 25 ans, inoubliable : Marivaux. Qu’ont de commun, à part ces jeux fortuits de date, Villon et Rousseau, Corneille et Descartes, Montaigne et Marivaux ? Un usage singulier, et d’une certaine façon, chez chacun d’eux, un usage premier de la première personne du singulier. Comme si s’était joué entre la fin du Moyen Âge et celle des Lumières une redistribution du rapport de soi à soi et au groupe, ou du moins de leur représentation par l’écriture et la pensée.

            Le Contrat social, en posant la fiction d’un individu libre dans sa solitude première choisissant de confier contractuellement au groupe la part de cette autonomie naturelle au profit d’une protection collective et réciproque consentie ; les Rêveries du promeneur solitaire, en laïcisant l’extase de la contemplation et de l’élévation intimes ramenées du Ciel à soi, concluent un mouvement de lente redistribution non seulement du cadastre de la conscience individuelle mais de la relation entre elle et toute altérité — Dieu compris, qui entre ainsi dans la sphère de l’Autre, où paradoxalement il rejoint Satan. La donne ancienne, fondée grosso modo sur le modèle des relations entre micro- et macrocosme et entre Dieu, la création et les créatures, est progressivement rebattue sur le modèle des relations entre la libre conscience du sujet détaché et le monde reçu par lui comme objet — impliquant la redéfinition du rapport de l’individu aux autres sujets et à lui-même en tant que sujet raisonnable qui n’est pas (seulement) objet sensible. Ce qui supposera à terme la détermination d’une morale, la « fondation » en raison pure d’une métaphysique des mœurs pratiques (1785).

            Un certain nombre de genres d’écriture nouveaux (l’essai, le rêve et la rêverie, l’utopie, l’autobiographie, la conversation) ou renouvelés (le discours, la dissertation et le dialogue, la tragédie et la comédie de caractère, le roman « personnel », la poésie d’amour et de souffrance) sont élaborés pour non seulement penser mais pratiquer les ajustements infimes ou brutaux, raisonnés ou rêvés, qui à la fois contribuent à susciter et s’emploient à répercuter et à amortir les mouvements profonds de cette tectonique des plaques. Au sein de cette évolution vers toujours plus de subjectivation des mœurs, des consciences et des représentations, il va de soi que des nuances, des résistances, et même des retours, traversent et colorent diversement cette longue période où le moi tour à tour peut être perçu comme délectable, raisonnable ou haïssable, tandis que s’élaborent dans le cadre des conditions mouvementées de la vie sociale et intellectuelle divers modèles et diverses sphères de redéfinition, de redistribution et de représentation du sujet dans ses rapports avec les autres (semblables à lui) et avec l’altérité (dont l’opposition le constitue) : cercles, académies et république des lettrés, cours, coteries et salons, voyages de découverte et plongées dans l’histoire, théâtres d’anatomie et Théâtre du Monde.

            La redécouverte des textes et le renouveau de l’analyse de la culture antique informe les réflexions, les tâtonnements, les justifications et les implications de cette révolution dans le souci de soi et pour un meilleur usage des plaisirs. Les progrès irrésistibles de la connaissance de l’homme et de l’univers prêtent par métaphore leurs instruments nouveaux, télescope et microscope, aux anatomistes de l’âme et aux voyageurs vers Sirius. La stabilisation, l’administration et la propagation de la langue française offrent un outil toujours plus élaboré et raffiné à la découverte, au cadastre et à la désignation de ces nouveaux espaces, de ces nouvelles découpes.

            Une vingtaine de conférences ne suffiront pas même à donner une idée et une mesure de cette transformation. Mais on peut espérer que ces plongées dans cet abîme de complexité en ramèneront ici et là la matière pour mesurer non certes les mécanismes de cette évolution, mais les problèmes, les contradictions, les apories que supposa cette lente et énorme secousse dans la représentation de soi par soi. Ainsi pourra-t-on s’interroger sur le rapport médiat ou immédiat, joué ou impliqué, du poète au poème écrit à la première personne — masque de convention ou confidence partielle ; sur la constitution ou l’illusion d’une intériorité, voire d’une intimité, du personnage dramatique sur la scène tragique et comique ; sur l’implication affective et passionnelle de soi dans l’écriture « essayiste » ou mémorialiste tentée par le solipsisme (auto?)biographique, depuis Montaigne jusqu’à Rousseau ; sur la fiction du moi se colorant en confession parée dans le roman ou le récit à la première personne ; sur la définition du style, entendu initialement comme choix objectif d’outil et de registre, et évoluant vers le principe d’une projection fictive de l’intériorité vibrante et assumée — « le style, c’est l’homme » (Buffon, 1753) ; bref, sur la fiction, la représentation ou la caution de l’engagement personnel ou subjectif dans l’écriture, c’est-à-dire, contradictoire sous l’apparence pour nous d’une évidence, sur la naissance, la composition et l’expression du for intérieur et de la subjectivité à la faveur et au sein de ce phénomène naturellement objectif, formaté et altérisé qu’est l’écriture.

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— ESQUISSE DE CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE —

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De Libera Alain, Archéologie du sujet. I. Naissance du sujet, Paris, Vrin, 2007

— , Archéologie du sujet III. La double révolution. L’acte de penser, I, Paris, Vrin, 2014.

— , Archéologie du sujet. II. La quête de l’identité, Paris, Vrin, 2008

—,  L’Individu : remarques sur la philosophie du sujet, Paris, Hatier, 1995

Carraud, Vincent, L’invention du moi, Paris, PUF, 2010

Duru , Audrey, Essais de soi. Poésie spirituelle et rapport à soi, entre Montaigne et Descartes, Genève, Droz THR, 2012

Habermas, Jürgen, L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Payot, 1988 (Strukturwandel der Öffentlichkeit, 1962).

Igalens, Jean-Christophe, Casanova. L’écrivain en ses fictions, Classiques Garnier, 2011, rééd. 2013

Lagrée, Marie-Clarté, « C’est moy que je peins ». Figures de soi à l’automne de la Renaissance, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, coll. « Centre Roland Mousnier », 2012.

Orwat, Florence, L’Invention de la rêverie. Une conquête pacifique du Grand Siècle, Paris, Champion, «Lumière classique», 2006.

Pommier, Édouard, Théories du portrait. De la Renaissance aux Lumières , Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1998.

Pot, Olivier, éd., Emergence du sujet. De l’Amant vert au Misanthrope, Genève, Droz, 2005.

Renaut, Alain,  L’Ère de l’individu : contribution à une histoire de la subjectivité, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de idées », 1989.

Russo, Elena, La cour et la ville de la littérature classique aux Lumières: l’invention de soi, Paris, Presses universitaires de France, 2002.

Sribnai, Judith, Récit et relation de soi au XVIIe siècle, Paris, Classiques Garnier, coll. « Lire le XVIIe siècle », 2014.

Volpilhac, Aude, Le secret de bien lire. Lecture et herméneutique de soi en France au XVIIe siècle , Paris, H. Champion, « Lumière classique   », 2015.

Zinc, Michel,  La Subjectivité littéraire autour du siècle de saint Louis, Paris, PUF, « Écriture », 1985


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